19 juin 2006
Brossard, quand tu nous tiens
Hier, j'ai vécu l'expérience Brossard. Pas l'expérience comme on se doute, avec un petit "e" et tout plein de petites lettres après, non. L'Expérience, Das Experiment, de celles qu'on lit d'un trait avec quelques frissons dans le dos.
M'en revenant de ma petite campagne, pleine de soleil, neuve et chlorée, mais tout de même angoissée par le coup de tête que j'ai eu de me booker un billet dernière minute pour le Mexique dans une semaine, j'arrive à Brossard, à la gare de Panama. Déjà, il devrait y avoir un léger ton exotique dans le paysage, compte tenu du nom, mais, mis à part le fait que je soit la seule Québécoise dans la place et que le court pour tirer des balles de golf dans un net soit surplombé de quatre jonctions d'autoroute qui me rappelent vaguement l'Afrique du Sud, c'est un leurre. À ce moment par contre, avec en arrière-pensée mon prochain petit voyage, je me rend compte que je me sens, dans cette gare de la rive-sud, exactement comme quand je suis dans un autre pays, fébrile de prendre l'autobus parce que je sais pas comment ça marche, que je prépare une phrase d'urgence en anglais pour avoir l'air fluente, faut tu que je donne l'argent juste, fallais-tu que j'aille acheter un billet en quelque part, et puis je cherche, toujours en restant en apparence hyper cool et habituée au trajet 45.
Et puis y'a ce maudit couple archi "on-s'en-va-en-ville-aux-Francos-voir-le-show-de-clôture
-de-Éric-Lapointe-sans-oublier-chacun-notre-sac-de-taille" qui arrête pas de se demander "where is the bus? must be this one... no". Et puis il arrive... LE bus qui, loin de me ramener au Québec, exhibe un cul long de même. Est-ce un train? Est-ce un monstre? Non! C'est un autobus-accordéon! J'ai jamais essayé ça! Je suis toute excitée, j'échappe par terre mon 3,25$ bien calculé pour pas, oh! malheur, devoir faire attendre tout le monde derrière moi parce qu'il me manque 10 cents et aller le chercher dans mon porte-monnaie, qui est au fond de mon super sac pas fonctionnel "parce que c'est lette, une sacoche". Bling-bling il fait, mon change qui tombe dans le compteur. Wow, c'était facile. Le chauffeur me regarde. "Madame, y'a pas de billet qui ressort, vous pouvez circuler". Ah, merde. Bon, je choisis d'aller juste à côté de l'accordéon, pour voir comment ça marche ces bus-là. J'ai l'impression d'être dans l'OVNI de la Ronde, y'a comme un cercle qui bouge au centre pour que les gens puissent circuler quand le bus se plie, et ça ressemble déjà à un manège. Yeah, on part!
Dès le premier tournant, je me dis qu'ils auraient pu mettre une pancarte du genre " ne fixez pas trop longtemps des yeux la structure en accordéon quand l'autobus est en marche, ça donne mal au coeur". Je m'émerveille, entre deux étourdissements, de l'ingéniérie derrière tout ça, comment faire en sorte que tous les accordéons y aillent tout doucement pour pas que la personne au milieu de tout ça se ramasse le ..ouch, ok, c'est pas si le fun, une fois sur le pont, ça brasse en criss. Je me sens pas bien, j'ai hâte d'être chez nous, j'aime pas tout à fait les autobus sur le pont, on voit pas les parapets. Je me concentre fort, puis comme j'arrive à m'imaginer qu'on vole, on pogne une bosse. Je suis déçue.
Y'a ce Mexicain qui me regarde tout le temps, qu'est-ce qu'il me veut, donc? Je lui fait un regard "c'est certainement pas toi qui va achever ma vie dans un caniveau", puis je me rend compte qu'il a dans la main un livre intitulé "Réfléchissez et devenez riches", alors je me dit qu'un gars avec autant d'ambition et de volonté de succès ne voudra sûrement pas gâcher tout ça et finir en prison pour le plaisir de me tuer. Mais ensuite je me dit que c'est pas toujours réfléchi, les passes de folie. Puis ensuite je me dis que si Caro Murphy survit chaque jour depuis 21 ans dans cette jungle de banlieues défusionnées, je suis capable. Juste à ce moment, le Mexicain fait un sourire et je me rend compte qu'il le fait à un enfant à côté de moi. Bon, j'avais tout ce temps-là pensé que cet homme avait du bon, mais je voulais pas le dire avant, pour pas gâcher le punch.
Je retrouve mon émerveillement pré-angoisse, puis je regarde le majestueux fleuve Saint-Laurent qui, au coucher du soleil, quand il fait chaud, est très beau. Y'a des ti-canards, des ti-ti-canards, y'a des bateaux, des oiseaux, des bandes de terres. J'ai l'impression de regarder une maquette, alors j'essaie très fort de faire abstraction de tout autour et de m'imaginer la main de quelqu'un qui va prendre une auto sur le pont à côté, et ça marche. Petit instant de bonheur. Je regarde dehors, et je me dis que c'est dommage parce que le bus passe juste à côté de chez moi, puis tourne pour m'amener 4 stations de métro plus loin. Crotte.
Arrivés à Bonaventure, on entre dans un sous-terrain et je me sens exactement comme en arrivant à un aéroport la nuit. Puis je me lève en me disant que ces bus-là, c'est excitant, mais c'est tape-cul plus qu'autre chose. Puis, y'a un gars qui se retourne et me dit "watch out la p'tite marche", et je me dis que je suis vraiment à Montréal. Puis je sors et je me dis que je ne verrai plus jamais Brossard, ni Caro Murphy, de la même façon. Avec les yeux du coeur.
08:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Wow. Juste wow.
Ecrit par : Jojo | 21 juin 2006
Il fallu attendre des semaines, des mois, pour un nouveau post sur ce blogue... mais quel envoi mes amis!
Wow, juste tellement wow.
Voulez-vous bien me dire, les filles, pourquoi j'ai du scripter la moitié des chroniques des Caro alors que vous êtes bien plus drôles que moi???
Cela dit, ça ne me convainc pas plus d'aller à Brossard.
Ecrit par : Mingus | 20 juillet 2006
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